L’actionnariat salarié et les syndicats

Certains s’étonnent parfois des réticences manifestées par certains syndicats vis-à-vis de l’actionnariat salarié

On peut y trouver au moins quatre sortes de raisons:

  • La preuve d’un solide bon sens
  • Une certaine inculture financière
  • Un certain scepticisme quand à l’intérêt réel pour les salariés
  • Les séquelles d’une culture idéologique de gauche

La preuve d’un solide bon sens

En considérant qu’un « tient » sous forme de salaire vaut mieux qu’un « tu l’auras » sous forme de placements financiers, on trouve là un réflexe que l’on peut qualifier de « primaire » mais qui après tout s’est avéré parfaitement justifié dans un certain nombre de cas.

Mais comme toujours, le « bon sens » n’est pas toujours la meilleure réponse et il importe d’évaluer les situations sur des bases plus factuelles.

Une certaine inculture financière

Cet argument est souvent donné pour justifier les réticences des syndicats. Il est en partie vérifié dans la mesure où la culture financière des syndicalistes, comme celles des salariés et d’une bonne partie de la population n’est pas toujours très développée.

Encore ne faut-il pas abuser de cette explication, car les syndicalistes sont souvent plus informés (peut-être même mieux) que la moyenne de la population du fait de leur accès à des formations économiques dispensées par les syndicats.

Un certain scepticisme quand à l’intérêt réel pour les salariés

Cette explication parait tout à fait valable dans beaucoup de cas. En effet, lorsqu’on constate dans beaucoup d’entreprise qu’une partie importante des salariés est chargée de dettes et consacre une partie notable des salaires à des remboursements de crédits, la distribution d’une action assimilable à une rente à 2 ou 3% parait un placement beaucoup moins intéressant qu’un remboursement immédiat d’un crédit à 6 ou 20%

De plus, les sommes distribuées sont en général proportionnelles aux salaires et ne représenteront jamais des montants extravagants pour la plupart des salariés. Seuls les cadres voir même les cadres dirigeants vont pouvoir réellement bénéficier de versements permettant d’alimenter un portefeuille significatif.

Enfin les individus en général et les salariés en particuliers cherchent le plus souvent des certitudes de revenus en fonctions de leurs responsabilités familiales ou des charges qu’ils ont par ailleurs. Le caractère  plus ou moins aléatoire ou risqué de l’investissement en action se trouve être à l’opposé de leur besoin fondamental de sécurité.

Les séquelles d’une certaine idéologie de Gauche

Un rapport d’une commission sénatoriale consacrée à l’investissement salarié résumait l’histoire économique en trois phrases:

  • Le XIXème siècle a été celui de l’affrontement entre le capital et le travail.
  • Le XXème siècle celui de la normalisation des rapports sociaux grâce au développement des syndicats et des politiques contractuelles, puis, dans sa deuxième partie, celui de la découverte des solidarités au sein de l’entreprise à travers la participation.
  • Le XXIème siècle doit être celui de l’association du capital et du travail grâce à la détention d’une partie du capital par les salariés. C’est la seule voie qui permette aux entreprises de notre pays de ne pas sombrer dans l’anonymat des rapports sociaux et, de surcroît, de ne pas succomber à une domination des groupes financiers internationaux.

Dans ce contexte, tous ceux qui sont attachés à des formes variées d’analyse des rapports de force sociaux sous l’éclairage de la lutte des classe resteront toujours réticents à s’engager dans un processus de « collaboration » non conflictuel qui les prive d’une grille d’analyse et du statut valorisant de « défenseur des travailleurs »

Dans un prochain article, je vous proposerai quelques clefs de lecture qui montre qu’au contraire dans certaines conditions l’actionnariat salarié peut devenir un contre-pouvoir efficace aux jeux capitalistes

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